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Alimentation trail : que manger avant, pendant et après

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Alimentation trail : que manger avant, pendant et après

L’alimentation en trail se joue sur quatre temps : un dîner de féculents digestes la veille, un petit-déjeuner 2 à 3 heures avant le départ, un apport régulier de glucides et de sodium pendant l’effort, puis une recharge glucides-protéines à l’arrivée. Le terrain accidenté et la durée prolongée rendent ces réglages plus exigeants que sur route.

Le trail impose des contraintes que la course sur bitume ignore. Le dénivelé fragmente l’effort, les descentes secouent l’estomac, et les distances longues vident les réserves bien au-delà de ce qu’un repas pré-course peut compenser. Manger devient une compétence à part entière, à travailler comme les jambes.

Pourquoi la nutrition trail diffère de la course sur route

Sur route, l’allure reste stable et la digestion travaille dans un rythme régulier. En trail, l’intensité varie en permanence : effort maximal en côte, relâchement en descente, secousses mécaniques sur les portions techniques. Le sang afflue vers les muscles au détriment du système digestif, ce qui ralentit l’assimilation et augmente le risque de troubles gastriques.

La durée change aussi la donne. Un 10 km sur piste dure 40 à 60 minutes, couvert par les réserves de glycogène. Un trail de 25 km en montagne dépasse souvent trois heures. Le glycogène stocké dans les muscles et le foie ne couvre qu’environ 90 à 120 minutes d’effort soutenu, d’après les données relayées par Toutpourmasanté. Passé ce seuil, sans apport extérieur, la performance s’effondre.

Le terrain technique complique le ravitaillement lui-même. Boire en pleine descente caillouteuse ou ouvrir un gel sur une portion de mains courantes demande de l’anticipation. La logistique alimentaire fait partie de la préparation, au même titre que le repérage du parcours.

La veille du trail : préparer les réserves

L’objectif de la veille est de remplir les stocks de glycogène sans alourdir la digestion. Beaucoup de coureurs commettent l’erreur inverse : une montagne de pâtes le soir précédent, censée garantir l’énergie, finit par peser sur l’estomac au réveil.

Le dîner idéal repose sur des féculents bien tolérés : riz blanc, tagliatelles, pommes de terre. Une protéine maigre les accompagne, poisson blanc, volaille ou œuf, complétée par un légume cuit ou un fruit cuit plus digeste qu’un cru fibreux. Selon Nicolas Aubineau, diététicien du sport, ce n’est pas le bon jour pour une pasta party démesurée ni pour un repas au restaurant aux ingrédients incontrôlés.

Trois réflexes structurent ce repas :

  • Privilégier des aliments déjà testés à l’entraînement, jamais une nouveauté.
  • Limiter les fibres crues, les sauces grasses et les épices qui irritent l’intestin.
  • Boire régulièrement dans la journée pour arriver bien hydraté, sans se gaver d’eau le soir.

La pasta party de groupe, conviviale, reste un piège classique. Un excès de féculents la veille fermente et provoque des inconforts le matin de la course. Mieux vaut un repas mesuré et familier qu’une charge glucidique mal digérée.

Le petit-déjeuner : 2 à 3 heures avant le départ

Le petit-déjeuner pré-trail se prend 2 à 3 heures avant le coup d’envoi. Ce délai laisse à l’estomac le temps de se vider partiellement tout en assimilant les nutriments, ce qui réduit les troubles digestifs pendant l’effort.

La composition vise une répartition proche de 60 % de glucides, 25 % de protéines et 15 % de lipides, d’après les diététiciens du sport. Deux formats reviennent souvent :

  • Un bol de flocons d’avoine avec lait, miel et une banane.
  • Trois tartines de pain blanc, confiture et un ou deux œufs.

Le pain blanc et le miel passent mieux que les versions complètes, plus riches en fibres et donc plus irritantes à l’effort. Le café reste possible pour qui le tolère, son effet sur la vigilance et la mobilisation des graisses étant documenté, mais il s’agit là encore d’un test à faire à l’entraînement.

Pour les départs très matinaux, prendre ce repas complet trois heures avant relève parfois de l’impossible. Une solution : un en-cas léger 60 à 90 minutes avant le départ, une compote ou une barre de céréales digeste, complétant un dîner plus consistant la veille. L’intolérance digestive d’un coureur sur deux vient d’un repas pris trop tard ou trop copieux avant le départ.

Pendant l’effort : glucides, hydratation et sodium

C’est sur le ravitaillement en course que se gagnent ou se perdent les trails longs. Trois paramètres se pilotent en parallèle : l’apport en glucides, le volume de liquide et l’apport en sodium.

Les glucides en course

Les besoins dépendent de la durée. Pour un trail de moins de trois heures, 45 g de glucides par heure suffisent. Sur des efforts de 2 à 4 heures, une fourchette de 40 à 60 g par heure constitue un bon repère. En ultra, la cible monte vers 60 à 90 g par heure, selon les recommandations relayées par u-Trail.

Atteindre 90 g par heure sans saturer l’intestin suppose de combiner deux sucres : glucose et fructose, dans un ratio proche de 2 pour 1. Ces deux molécules empruntent des voies d’absorption différentes, ce qui augmente la quantité réellement assimilable et réduit le risque de troubles digestifs. La plupart des gels et boissons énergétiques modernes appliquent déjà ce principe.

Cette tolérance digestive se construit. Un intestin habitué à 30 g par heure ne supportera pas 90 g du jour au lendemain. L’entraînement à l’alimentation, en intégrant des prises de glucides lors des sorties longues, prépare le système digestif aux volumes visés en course.

La forme du glucide compte aussi. Gels, boissons isotoniques, pâtes de fruits ou barres se digèrent différemment selon l’intensité du moment. En côte, l’estomac travaille mal : un liquide passe mieux qu’un solide. En descente ou sur les portions roulantes, le corps absorbe plus facilement un aliment compact. Adapter le format au profil du terrain réduit les troubles gastriques, fréquents sur les trails techniques où les secousses brassent le contenu de l’estomac.

L’hydratation

L’American College of Sports Medicine recommande de boire 400 à 800 ml par heure, à ajuster selon la température. En pratique, cela revient à 150 à 250 ml toutes les 15 à 20 minutes, même sans sensation de soif, car la soif arrive déjà en retard sur la déshydratation.

L’enjeu est concret. Une perte de seulement 2 % du poids de corps en liquide entraîne une chute de 10 à 20 % de la performance d’endurance, avec montée du rythme cardiaque, jambes lourdes et baisse de coordination. Surveiller sa couleur d’urine avant le départ donne déjà un indice fiable de l’état d’hydratation initial.

Le sodium

Au-delà de deux heures d’effort, l’ACSM préconise 300 à 600 mg de sodium par heure. Le sodium maintient l’équilibre hydrique, soutient l’absorption des glucides et réduit le risque d’hyponatrémie, cette dilution dangereuse du sodium sanguin provoquée par une consommation excessive d’eau pure.

Une nuance s’impose. Une étude publiée dans la base PubMed Central (PMC4688305) montre que la prise de sodium pendant un ultramarathon ne prévient pas à elle seule les crampes musculaires, la déshydratation ni la nausée. Le sodium fait partie de la stratégie, il n’en est pas la solution miracle. Boire à intervalles réguliers une boisson contenant du sodium reste plus sûr que de gérer eau pure et pastilles de sel séparément.

Quelques erreurs récurrentes plombent les ravitaillements :

  • Boire uniquement de l’eau pure sur les efforts longs, ce qui dilue le sodium sanguin.
  • Attendre la soif ou la faim pour s’alimenter, signaux toujours tardifs.
  • Tester un nouveau gel ou une nouvelle boisson le jour de la course.

Après le trail : la fenêtre de récupération

L’arrivée n’arrête pas la nutrition. Les muscles vidés et micro-lésés réclament un double apport : des glucides pour reconstituer le glycogène, des protéines pour réparer les fibres. Cette logique de recharge glucides-protéines vaut autant en trail que sur route.

Dans les minutes qui suivent l’effort, une boisson de récupération ou une collation associant les deux nutriments amorce le processus. Un repas complet suit dans les deux heures : féculents, protéine, légumes, plus une réhydratation soignée pour compenser les pertes hydriques et minérales accumulées.

La récupération nutritionnelle d’un ultra dépasse le simple repas d’après-course. Les jours suivants, l’alimentation reste orientée vers la réparation tissulaire et la reconstitution des réserves. Cette phase prolonge le travail de fond détaillé dans le guide sur la nutrition du coureur, qui approfondit la fenêtre de récupération et les micronutriments.

Construire sa stratégie selon la distance

Aucune formule unique ne couvre tous les trails. La stratégie s’ajuste à la durée et au profil. Voici un repère de départ, à affiner à l’entraînement.

FormatDurée typiqueGlucides/heureHydratation/heure
Trail court (15-20 km)1 h 30 à 2 h 3040 à 60 g400 à 600 ml
Trail moyen (25-45 km)3 à 6 h60 à 80 g500 à 800 ml
Ultra (50 km et plus)6 h et plus60 à 90 g500 à 800 ml + solides

Sur les ultras, les gels seuls finissent par écœurer. Alterner avec des solides salés, fruits secs, fromage, bouillon aux ravitaillements, casse la monotonie sucrée et soutient l’apport sodé. Le confort psychologique d’un aliment salé après des heures de gels n’a rien d’anecdotique sur une course de douze heures.

La nutrition reste indissociable de la préparation physique. Un plan d’alimentation parfait ne compense pas un entraînement bâclé, et l’inverse est vrai. Pour caler ces deux dimensions, le guide pour débuter le trail pose les bases, tandis que l’article sur les zones de fréquence cardiaque aide à doser l’effort, condition d’une digestion qui reste possible en course. Les coureurs préparant leur première épreuve trouveront aussi un cadre dans le programme trail débutant.

Prochaine étape : tester sa stratégie nutritionnelle sur deux ou trois sorties longues avant la course, en notant ce qui passe et ce qui ne passe pas. Un plan validé à l’entraînement vaut mieux que dix conseils théoriques le jour J.