Nutrition du coureur : que manger avant et après l'effort

La nutrition du coureur repose sur trois temps : charger les réserves de glycogène 3-4h avant l’effort, apporter 30-60 g de glucides par heure au-delà de 1h30 de course, et combiner glucides + protéines dans les 30 minutes post-effort pour accélérer la récupération musculaire. Ces trois fenêtres nutritionnelles conditionnent autant la performance que l’entraînement lui-même.
Avant l’effort : remplir le réservoir
Le repas pré-course — 3 à 4 heures avant
Le glycogène musculaire est le carburant principal de la course à pied. Un homme de 70 kg stocke entre 400 et 500 g de glycogène dans ses muscles et son foie — soit environ 1 600 à 2 000 kcal de réserve. Le repas pré-course doit maximiser ces stocks sans alourdir la digestion.
La règle : glucides complexes (60-70 % de l’assiette), protéines maigres (20 %), lipides limités (10 %).
| Repas pré-course | Glucides | Protéines | Temps de digestion |
|---|---|---|---|
| Riz basmati + poulet + courgettes vapeur | 80 g | 25 g | 3h |
| Pâtes semi-complètes + sauce tomate + parmesan | 90 g | 20 g | 3h-3h30 |
| Porridge (avoine + lait + banane + miel) | 70 g | 15 g | 2h30 |
La collation pré-effort — 1h à 1h30 avant
Si le repas date de plus de 3h, une collation légère relance la glycémie sans peser sur l’estomac :
- Une banane mûre (25 g de glucides rapides)
- 2 tranches de pain d’épices (30 g de glucides)
- Une compote en gourde (20 g de glucides)
Point critique : teste toujours ta stratégie alimentaire à l’entraînement. Le jour de la compétition n’est pas le moment de découvrir qu’un gel te donne des crampes d’estomac.
Pendant l’effort : le ravitaillement en course
Sorties de moins de 1h
L’eau suffit. Bois 150-200 ml toutes les 15-20 minutes. Les réserves de glycogène couvrent largement 1h d’effort à intensité modérée.
Sorties de 1h à 1h30
L’eau reste suffisante pour la plupart des coureurs. Si l’intensité est élevée (fractionné, tempo), ajoute une boisson isotonique avec 30 g de glucides/L.
Sorties au-delà de 1h30
Les réserves de glycogène commencent à s’épuiser. L’apport recommandé : 30 à 60 g de glucides par heure, selon l’intensité et le poids.
| Source d’énergie | Glucides | Format |
|---|---|---|
| Gel énergétique | 20-25 g | 1 gel toutes les 30-40 min |
| Pâte de fruits | 25 g | 1 pièce toutes les 30 min |
| Banane | 25 g | 1 demie toutes les 30 min |
| Boisson isotonique | 30-60 g/L | 500 ml par heure |
Associe toujours la prise alimentaire à de l’eau — un gel sans eau est une invitation aux troubles digestifs.
L’hydratation en détail
Une déshydratation de 2 % du poids de corps réduit la performance de 10 à 20 %, selon l’ACSM (American College of Sports Medicine). Trois repères :
- Pesée avant/après la sortie longue pour estimer tes pertes hydriques
- 400-800 ml/h selon la chaleur et l’intensité
- Électrolytes (sodium) si la sortie dépasse 2h ou si la température dépasse 25°C
Après l’effort : la fenêtre de récupération
Les 30 premières minutes — la fenêtre anabolique
Juste après l’effort, la sensibilité à l’insuline est maximale et la synthèse protéique musculaire est activée. La collation post-effort idéale combine glucides rapides (0.8-1 g/kg) et protéines (0.3-0.4 g/kg).
Trois options testées sur le terrain :
- Lait chocolaté (400 ml) — 40 g de glucides + 14 g de protéines. Étude de Medicine & Science in Sports & Exercise (2006) : aussi efficace que les boissons de récupération spécialisées
- Yaourt grec + banane + miel — 45 g de glucides + 18 g de protéines
- Smoothie (lait + avoine + fruits rouges + beurre de cacahuète) — 50 g de glucides + 20 g de protéines
Le repas de récupération — 1h30 à 2h après
Un repas complet qui couvre les quatre groupes :
- Glucides complexes — Riz, pâtes, patates douces, quinoa (150-200 g pesés cuits)
- Protéines de qualité — Poulet, poisson, œufs, légumineuses (120-150 g)
- Légumes variés — Vitamines, minéraux, antioxydants (200 g minimum)
- Bonnes graisses — Huile d’olive, avocat, oléagineux (1-2 c. à soupe)
Les micronutriments du coureur
Le fer — le plus surveillé
L’hémolyse de contact (destruction des globules rouges à chaque foulée) expose le coureur à un déficit en fer. Une étude de British Journal of Sports Medicine (2019) montre que 15 à 35 % des coureuses et 5 à 10 % des coureurs présentent une ferritine basse.
Sources à privilégier : boudin noir (22 mg/100 g), foie de veau (7 mg), lentilles (3.3 mg), épinards cuits (2.7 mg). Associe les sources végétales à de la vitamine C pour améliorer l’absorption de 3 à 6 fois.
Le magnésium
Le magnésium intervient dans plus de 300 réactions enzymatiques, dont la contraction musculaire. Les crampes nocturnes après une sortie longue signalent souvent un déficit. Sources : chocolat noir 70 % (230 mg/100 g), amandes (270 mg), eaux minérales type Hépar (110 mg/L).
Les oméga-3
Anti-inflammatoires naturels qui accélèrent la récupération des micro-lésions musculaires post-effort. Cible : 2-3 g d’EPA+DHA par jour. Poissons gras 2-3 fois par semaine (saumon, sardines, maquereau), graines de lin, noix.
Les 4 erreurs nutritionnelles qui plombent la progression
- Courir à jeun tous les jours — Utile ponctuellement pour l’oxydation des graisses. En routine, ça dégrade la qualité des séances et augmente le catabolisme musculaire
- Supprimer les glucides — Les régimes low-carb réduisent les performances sur les efforts au-delà de 45 min. Le glycogène est le carburant n°1 du coureur
- Boire uniquement pendant l’effort — L’hydratation quotidienne compte autant : 30-35 ml/kg de poids de corps, soit 2.1-2.4 L pour un coureur de 70 kg
- Empiler les compléments sans bilan sanguin — Un dosage annuel de ferritine, vitamine D et magnésium vaut plus qu’une pile de gélules à l’aveugle
Complète cette stratégie nutritionnelle par un travail de prévention des blessures et une routine matinale structurée pour ancrer les bonnes habitudes. Si tu suis un plan d’entraînement 10 km, ajuste tes apports glucidiques aux jours de séances de qualité.
